• En négociant bien la bordure de Sainte-Hélène, Arnaud s’est refait une santé au classement général. Il pointait ce matin à la 15ème place, proche des leaders de son groupe.
  • Après les affres de l’anticyclone, place à la glisse. Trois jours de portant musclé s’annoncent devant l’étrave grâce à une belle dépression qui préfigure le grand Sud.
  • Vues les conditions, La Mie Câline pourrait franchir le cap de Bonne-Espérance dans la nuit de samedi à dimanche.

 

 

C’est comme un nouveau départ pour le groupe des 10 concurrents dans lequel évolue La Mie Câline. L’anticyclone de Sainte-Hélène a une nouvelle fois redistribué les cartes, permettant à Arnaud de rattraper une bonne partie de son retard et le plaçant en chasseur à l’approche du Sud. Ragaillardi par ces dernières 48 heures, le skipper aquitain attaque trois semaines de portant avec appétit.

« Ça y est, c’est Rock ‘n Roll ! Cette nuit, j’ai affalé le grand spi dans 25 nœuds de vent, c’était une belle manœuvre. On a remis les cirés et c’est un bonheur de voir le bateau glisser entre 15 et 20 nœuds parce qu’on s’est quand même pas mal traîné tous ces temps-ci. » Alors que s’achèvera dimanche la quatrième semaine de course, Arnaud Boissières n’est pas fâché d’en avoir fini avec la météo vicieuse subie depuis le Pot au Noir. Encore 20ème le week-end dernier suite à son recalage derrière le groupe emmené par Louis Burton (Bureau Vallée), le skipper de La Mie Câline a ainsi gagné cinq places en trois jours. Plus important encore, son retard qui a culminé à près de 250 milles sur Bureau Vallée est réduit aujourd’hui à moins de 70 milles, lui garantissant de naviguer dans le même système météo que ses concurrents directs. « Je n’ai jamais perdu le moral, je me sens plus fort qu’il y a quatre ans de ce point de vue là. Je me suis appliqué et j’ai eu aussi un peu de réussite, notamment mardi où je ne me suis pas du tout arrêté, alors que d’autres comme Romain Attanasio, que j’avais encore en VHF la veille, ont connu des trous d’air. C’était vraiment frustrant l’épisode de la dorsale. Comme les fichiers de vent ne correspondaient pas à la réalité, je me suis surtout concentré sur la vitesse. La nuit, je me surprenais à faire des marques sur mes écoutes avec des scotchs quand le réglage paraissait bon, comme en Figaro. J’ai beaucoup navigué au baromètre pour ne pas me coller dans les hautes pressions, lofer mais pas trop quoi. Ça m’a rappelé la Mini ! »

Nouveau départ
C’est en tous cas une belle bagarre qui s’annonce jusqu’au cap de Bonne-Espérance que les skippers du groupe d’Arnaud pourraient franchir dans la nuit de samedi à dimanche. Ils mettront alors franchement cap à l’Est, « chasing the dawn » comme le disent joliment les anglais. D’ici-là, c’est une course de vitesse en avant d’une belle dépression qui devrait générer des vents pouvant culminer à 40 nœuds selon les prévisions de Great Circle. Un avant goût du grand Sud avec des températures qui vont continuer à chuter. « Là, c’est micropolaire en haut et en bas la nuit. Et ciré sur le pont parce qu’on déplace pas mal de flotte ! »

De cette lente descente Atlantique qui aura finalement duré un mois, Arnaud veut effacer la frustration du classement et se satisfait de l’état de son bateau. Il a aussi pu jauger ses concurrents directs, surpris par la ténacité de Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) et le sacré rythme tenu par Conrad Colman (Foresight Natural Energy) sur son vieux bateau. « C’est bien d’être en petit groupe pour aborder le Sud. J’ai eu un message de Kito de Pavant (Bastide Otio) qui a l’air de s’ennuyer un peu tout seul dans son coin. J’ai aussi échangé avec Fabrice (Amedeo) sur la primaire de la droite ! Et puis j’ai félicité Alan Roura (La Fabrique) qui s’en sort drôlement bien et a fait une belle trajectoire dans l’Ouest. Tout ça crée des liens inattendus. »

La mer s’est levée hier après-midi au large de l’île de Tristan da Cunha, l’un de ces confettis paumés qui balisent la route désertique du Sud. Deux à trois mètres de vagues, des pétrels mais pas encore d’albatros, un soleil franc et du bon vent. « Ce sont des conditions de rêve » concluait Cali au téléphone, gourmand de voir La Mie Câline cavaler à la hauteur de ses ambitions. Devant l’étrave, trois semaines de portant s’annoncent, des fronts à négocier, une Zone d’Exclusion Antarctique** à ne pas mordre, des voiles à préserver. Nouveau départ, nouveau rythme.