• La Mie Câline a franchi cet après-midi l’équateur en 15ème position au douzième jour de course.
  • Le 10ème passage du Pot au Noir de la carrière d’Arnaud n’aura pas été le plus violent même s’il n’a pas beaucoup réussi au skipper sur le plan sportif.
  • Les problèmes de moteur sont désormais un vieux souvenir et La Mie Câline est en parfait état pour aborder un mois et demi de navigation dans l’hémisphère Sud.
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Passé comme une fleur par le groupe de leaders, le Pot au Noir s’est montré plus tenace avec les poursuivants, dont La Mie Câline. Les IMOCA à foils ont fait clairement le break – Alex Thomson pointe à quelque 1000 milles devant Arnaud – et les bateaux de queue ont pu recoller au peloton. La course prend une nouvelle tournure. Il va falloir être patient pour grappiller de nouvelles places au général et bien aborder les mers du Sud.

« Des hauts et des bas », tel est le cycle binaire du solitaire en course. Qui s’enthousiasme et peste tour à tour. A la belle manœuvre ou au nuage négocié du bon côté succèdent le vent refusant, la petite avarie, le classement moins favorable que prévu, bref la contrariété. Aller le plus vite, c’est parvenir à lisser cette perpétuelle oscillation. Et dans ce domaine, le Pot au Noir est un défi. Il faut avoir les nerfs solides et un peu de réussite pour passer sans s’arrêter cet équateur météorologique. Mercredi, Arnaud confirmait cette instabilité permanente : « Le vent passe de 5 à 10 nœuds en quelques secondes ; j’alterne entre mon génois et le grand gennaker* mais chaque manœuvre coûte cher car le bateau s’arrête. Cette nuit, je n’ai pas du tout dormi. Deux fois, j’ai pu rester sur la bordure d’un nuage avec de la pression et j’ai recollé, mais, une autre fois, il se déplaçait si vite qu’il m’est passé dessus ! Je suis resté collé trois heures…»

Passage obligé
Avant d’avoir la satisfaction de voir s’afficher la lettre « S » comme Sud sur l’écran du GPS, il faut donc franchir d’abord cette fameuse zone de convergence où le choc des alizés des deux hémisphères se transforme en un grand n’importe quoi. Des calmes, des grains, des rotations subites, des nuages si bas qu’ils ressemblent à la fin d’un monde…  « Dans le Pot au Noir, ça ne sert à rien de penser. Même avec les images satellites, on n’arrive pas à anticiper » conclue Cali …

Sympathique pour les leaders, Alex Thomson (Hugo Boss) en tête – félicité par Arnaud pour son nouveau record les Sables-Equateur -, le Pot au Noir 2016 s’est transformé en pot de pus pour les suiveurs, creusant douloureusement l’écart entre les trois premiers groupes, ; les retardataires du quatrième se voyant recoller à la troupe. Elastique par l’avant, compression par l’arrière,… il y a de quoi enrager. Conran Colman n’est plus qu’à 20 milles d’Arnaud, Louis Burton et Bertrand de Broc sont devant l’étrave, encore à portée. Après avoir repris une vingtaine de milles à ces concurrents directs depuis les Canaries, Arnaud a ainsi tout reperdu dans la soirée de mercredi, obligé même de tirer un nouveau bord à l’Est alors qu’il avait pu enfin se recaler dans le sillage de ses « éclaireurs » comme il les baptisait en visio-conférence lundi. Bonne surprise au pointage le lendemain matin, Arnaud naviguait deux fois plus vite que ses camarades depuis quatre heures, relancé dans un match sans véritables règles et assez usant il faut le dire….

Le Sud, enfin.
En atteignant l’équateur géographique cet après-midi après douze jours de course, Arnaud a enfin redémarré dans l’alizé de Sud-Est, cap sur le Brésil qu’il faudra longer pour contourner l’anticyclone de Sainte-Hélène. C’est, espérons-le, la fin d’une séquence où les efforts du skipper de La Mie Câline n’ont pas été toujours payés de retour au classement.

Bien revenu avant Madère mercredi dernier suite à ses problèmes de moteur le jour du départ, Arnaud n’a eu de cesse de se recaler dans l’Ouest pour rester avec ses adversaires directs Kito de Pavant (Bastide Otio), Bertrand de Broc (MASCF) et Louis Burton (Bureau Vallée). Obligé de naviguer proche du vent arrière alors que ses concurrents positionnés plus à l’Ouest profitaient d’un meilleur angle, il a dû constater pointage après pointage que l’écart grandissait. Arnaud fait contre mauvaise fortune bon cœur et compte les points positifs de ces deux premières semaines de course. « J’aurai peut-être dû empanner pour me recaler derrière eux plus tôt mais c’était un crève-cœur. En tribord amures, je partais aux Etats-Unis ! J’ai cherché à glisser et je ne suis pas si malheureux aujourd’hui. Je démarre tous les jours le moteur selon la nouvelle procédure fournie par Julien Berthelot (BJ Marine). Le bateau est en parfait état et j’ai eu le temps de faire un check complet dans l’alizé. J’ai la forme même s’il fait très chaud. J’ai eu le temps d’échanger par mail avec quelques concurrents dont Kito et, bien sûr, Tanguy de Lamotte». C’est en effet sur l’ancien bateau d’Arnaud que le skipper de Mécénat Chirurgie Cardiaque a connu son avarie de gréement – gréement qui avait fait un tour complet de la planète il y a quatre ans entre les mains de Cali…

Dixième Pot !
Les passages de caps et changements d’hémisphère sont toujours l’occasion de faire les comptes. C’est ainsi la dixième fois qu’Arnaud franchit l’équateur en course. La première fois, c’était en 2001 en Mini 6.50, le temps a passé. «Ça va vite, rigolait le skipper de La Mie Câline. En deux Vendée Globe, je l’ai passé quatre fois ! » Rendez-vous donc dans un mois et demi environ pour un onzième franchissement, vers le Nord cette fois. D’ici-là, on espère plus de hauts que de bas.