• A moins de 1 000 milles du cap Leeuwin, qu’Arnaud devrait franchir samedi soir après 15 jours de navigation dans l’océan Indien, La Mie Câline navigue dans un puissant flux d’Ouest à bonne vitesse et pointe à la treizième place ce matin.
  • Les problèmes techniques auront empêché Arnaud de tenir le rythme qu’il envisageait.
  • Avant de fêter d’une demi-bouteille de champagne le deuxième cap mythique de son troisième Vendée Globe, le skipper va devoir composer avec une dépression très creuse, la plus sévère depuis le départ.

 

Ralenti par ses ennuis de grand-voile, Arnaud reste au contact de ses concurrents directs à l’approche d’une nouvelle dépression, sans doute assez brutale. Conscient qu’il n’a pas droit à une nouvelle avarie de chariots, il a choisi une route qui devrait le préserver du plus fort du coup de vent attendu dès ce soir.

Le Vendée Globe est décidément une course de fond. Comme un péplum qui vous tient en haleine mais dont on attend quand même la pliure du milieu. Histoire de se dire qu’à chaque nouvelle page, la fin est plus proche que le début ! Sur les 25 000 milles que compte le Vendée Globe, Arnaud en a déjà couvert plus de 10 000, mais ce n’est qu’après l’Australie qu’il pourra fêter la mi-course.

Des cinq semaines et demi qui nous séparent du départ des Sables d’Olonne, celle qui vient de s’écouler restera gravée dans le long livre de bord de La Mie Câline. Vendredi dernier, alors qu’Arnaud progressait en avant d’un front avec ses camarades que nous baptisions dans le précédent communiqué le club des Cinq – Stéphane Le Diraison, Nandor Fa, Conrad Colman, Fabrice Amedeo (et Arnaud) – les chariots de têtière* lui ont à nouveau joué un vilain tour, libérant leurs dizaines de billes de roulement dans l’océan Indien. Comme la semaine précédente, le skipper s’est donc vu contraint de stopper sa progression pour réparer. Faire front une nouvelle fois… pour voir le front se faire la belle, emportant avec lui deux concurrents directs – Nandor Fa et Stéphane Le Diraison. « Ca a été une grosse déception quand le chariot a cassé à nouveau. J’étais désemparé et il a fallu réagir. Alors sous la pluie au petit matin à partir d’ 1h00 TU et pendant 2 h 30, c’était parti pour de la bricole à une allure très réduite puisque la grand-voile était complètement affalée. Avec l’entrée d’eau du ballast dans le moteur quelques heures après le départ, je dirais que cet incident est super important. Mais on a tous notre lot de misères… » commentait après coup le skipper de La Mie Câline.

Bataille d’empannages
Depuis, Arnaud a réussi à tenir en respect Fabrice Amedeo et a bien bataillé à coup d’empannages avec Conrad Colman. Un coup je te vois, un coup je te vois pas ! Mardi matin, il prenait pour quelques heures la douzième place, la rendant au Néo-zélandais au pointage suivant. Ce dernier a en effet choisi de rester sur la route directe, bâbord amures cap à l’Est, alors qu’Arnaud a préféré mettre du Nord dans sa route. Le skipper explique clairement son choix : « A partir de ce soir, nous allons prendre un bon coup de pieds aux fesses. Les prévisions de Great Circle semblent un peu hautes (jusqu’à 80 nœuds dans le Sud du phénomène NDLR…), mais le modèle européen confirme qu’il y a beaucoup de vent dans cette nouvelle dépression qui va nous emmener jusqu’en Australie. Mon placement est prudent. Je ne veux pas me retrouver avec 45 nœuds de Nord et 60 dans les rafales en limite de la ZEA** qui remonte à la longitude du cap Leeuwin. Sur le plan sportif, c’est certain que j’ai hâte que le vent refuse pour pouvoir refaire de la route dans le bon sens »

Anticipation
Ce qu’aura au moins gagné Arnaud dans ce crochet au Nord, c’est une remontée sensible de la température à bord. Hier encore, l’huile d’olive gelait dans la petite cuisine installée entre les deux descentes. « Chaque manœuvre coûte pas mal d’énergie. Je me fais un bon capuccino ou une soupe à chaque fois derrière. Dès que je peux, je m’affale sur mon pouf pour emmagasiner du repos. Je me sens en forme, mais j’ai remarqué que me jambes étaient flasques du fait de ne pas marcher depuis plusieurs semaines ».

Pendant ces moments où le pilote travaille à sa place, Arnaud peut scénariser le phénomène qui l’attend pour les prochaines 48 heures. Le vent qui rentre progressivement. D’abord un petit coup à l’Ouest puis la bascule au Nord. La Mie Câline est en avant du front sur une mer encore maniable qui permet d’aller vite. Choisir la bonne configuration de voilure. Ne pas multiplier les changements pour rien. Petit gennaker sans doute, avec prise du premier ris dans la grand-voile. Passage au J2 puis second ris. La mer qui enfle sérieusement. Les premières déferlantes. Ca dure. Il faut que ça dure parce que c’est là que les milles défilent. Le front passe enfin, la pluie, visibilité très réduite. Le vent bascule au Sud-Ouest d’un coup, la mer devient confuse. Empannage. Réduire, sans rien casser, surtout bien manœuvrer. Les grains sont plus forts, la lumière revient mais la mer est toujours garce. Arnaud se réveille : « C’est à ce moment le plus dur. Tu es soulagé parce que le plus gros est passé mais il faut s’obliger à renvoyer tout de suite de la toile. La première motivation, ce n’est pas la performance mais si tu restes sous toilé dans ces mers résiduelles, là, tu peux abimer le bateau. » Drôle de métier, marin du Vendée Globe !

*Têtière : Sommet de la grand voile, relié au rail du mât par des chariots à billes coulissant.
**ZEA : Zone d’exclusion Antarctique.