Everest de la voile en solitaire, le Vendée Globe est souvent qualifié d’évidence par les marins. Mais au terme d’une préparation de dingue, autant être bien au clair sur ses ambitions avant de partir. Cali, qui en est à son troisième tour du monde consécutif, fait le point.

Village et ponton du Vendée Globe étaient encore pris d’assaut cette semaine, mais les skippers présents aux Sables d’Olonne n’étaient pas légion. A l’écart de l’effervescence pour se reposer et se concentrer, chacun a pu mettre ce temps à profit pour faire le point sur ses objectifs. Une poignée vient pour la victoire et rien que la victoire, certains rêvent de podium, tous savent qu’il faut d’abord finir. Le Vendée Globe peut être la plus haute ligne d’un palmarès, l’aventure d’une vie ou devenir une drogue. « Jamais une habitude en tous cas, précise Arnaud Boissières qui entame son troisième Vendée Globe et pense déjà au quatrième ! « Je ne serai jamais blasé de faire ça. J’ai traversé l’Atlantique 23 fois, alors deux tours du monde finalement, ce n’est pas grand-chose ; le Vendée Globe, ce n’est que tous les quatre ans. C’est très long et comme on n’a pas le droit de s’arrêter en route (ailleurs qu’aux Sables d’Olonne si on veut amarrer son bateau à un ponton NDLR), ça rend l’exercice à la fois très engagé et très aléatoire. »

Troisième saut dans l’imprévisible

Alors à la question classique, « Est-ce plus facile la troisième fois que la première ? », Arnaud ne fait pas de mystères : « Sur la carte, c’est la même route. Je sais l’engagement que ça représente mais je ne sais pas où je vais. Il va falloir dessiner une nouvelle trace, écrire une histoire ; elle sera nécessairement différente des autres »

Ce qui ne changera pas en revanche, c’est l’investissement que supposent trois mois de navigation en solitaire et en course dans toutes les conditions : « Je pars pour revivre des trucs intenses. Retrouver cette mer et ces lumières si particulières, pas seulement au cap Horn. Et puis le Vendée Globe, c’est un défi technique car les bateaux sont complexes. J’y vais pour m’éprouver, me dépasser, me mettre dans le rouge, faire des erreurs mais me rattraper »

Et côté sportif justement ?

« Les foilers sont un point d’interrogation et personne ne sait vraiment où les skippers vont placer le curseur et ce que ça donnera dans la durée. Mais il y aura nécessairement du déchet. Moi, je ne veux pas avoir de regrets, je serai sans doute plus incisif qu’il y a quatre ans sur l’entame. Je sens qu’un bateau de celui de la génération de La Mie Câline peut faire 5 ou 6ème. Ce sera moi ou un autre, nous sommes assez nombreux !… »

Course dans la course, la bagarre de la génération 2008 sera en tous cas passionnante à suivre. Avec une meute de onze bateaux du même millésime et quelques skippers très talentueux au cœur de la mêlée, autant parier qu’il n’y aura pas de ventre mou au classement cette année.