• Très, trop pacifique le week-end dernier, le plus grand océan du monde s’est réveillé et propulse à nouveau La Mie Câline à bonne vitesse vers le cap Horn.
  • Distant de seulement 1 100 milles, le troisième et dernier cap mythique du Vendée Globe devrait être franchi par Arnaud dimanche dans des conditions musclées mais maniables
  • Toujours onzième mais au coude à coude avec Fabrice Amedeo, Alan Roura et Rich Wilson, le skipper de La Mie Câline a hâte de pouvoir mettre le clignotant à gauche, direction les Sables d’Olonne.

Après cinq journées interminables à se traîner dans un anticyclone tenace, les skippers du groupe d’Arnaud ont renoué avec les vitesses à deux chiffres. Le cap Horn n’a jamais été aussi près de l’étrave de La Mie Câline qui devrait renouer avec l’Atlantique dimanche. D’ici-là, c’est en mode régate qu’Arnaud et ses compères se préparent à une fin de semaine riche en émotions.

Dans ce Vendée Globe décidément, les semaines se suivent et ne se ressemblent pas. De quoi maintenir les skippers en alerte me direz-vous, sauf que les jours derniers ont été d’un ennui mortel. C’est Arnaud Boissières qui le dit lui-même « Je n’avais jamais vu ça dans le Sud j’avoue. Après la dépression de début janvier, on savait qu’il y aurait de la molle mais là, on a été servi. Quand tu te traînes à 2 nœuds alors que tout le monde tourne à 15, il faut puiser dans les réserves morales, c’est quand même la punition. En fait, on est passé en plein dans une dorsale. C’était surtout rageant d’être bloqué par la ZEA*. A quelques centaines de milles au Sud, IDEC* qui tente de battre le trophée Jules Verne nous a doublé à 35 nœuds pendant qu’on était scotché ! ». Pour joindre l’image à la parole dimanche, le skipper de La Mie Câline postait une vidéo évocatrice. Installé dans le balcon avant de son IMOCA toutes voiles flagada, Arnaud y filme sur 360° un océan Pacifique aussi agité que le bassin d’Arcachon de son enfance un jour de semaine (sans bateaux à moteurs donc !). L’épisode a tout de même duré cinq jours, suffisamment pour voir s’envoler Eric Bellion, désormais hors de portée… Du fameux « club des cinq » constitué aux débuts du Pacifique, ne reste donc autour d’Arnaud que trois camarades de jeu. Alan Roura, le benjamin de la course toujours incisif, Rich Wilson, en doyen sage et éclairé, et Fabrice Amedeo qui navigue dans la roue de Cali. Avant-hier d’ailleurs, au gré des empannages, le skipper de La Mie Câline immortalisait son improbable rencontre avec Newrest-Matmut. Un croisement assez proche en tous cas pour vérifier que Fabrice naviguait lui aussi sous GV haute et grand spi, combinaison de voilure pas si fréquente par 54° Sud ! «  Fabrice, c’est un peu mon ange gardien (…) Il a le même bateau que moi, un peu plus customisé, mais construit en même temps en Nouvelle-Zélande. On discute de ça justement : il est un peu plus léger que mon bateau de 400 à 500 kg, mais on a le même potentiel. Et nous avons la même façon de naviguer : on n’a pas fini de se tirer la bourre. Ça donne du piment… »

Clignotant à gauche dimanche
Arnaud devrait franchir le cap Horn dans la journée de dimanche puisque le vent est enfin revenu dans ce dernier quart du Pacifique. « Avant-hier, c’est rentré avec la bruine. J’ai manœuvré toute la journée, c’était bien de se bouger. Les jambes se ramollissent et même si j’essaie de faire de l’exercice, les longues stations à l’intérieur commencent à se faire sentir ». Ce matin, La Mie Câline naviguait au portant à près de 15 nœuds dans un bon flux d’Ouest sur une mer maniable. « J’ai l’impression de retrouver le Pacifique comme lors des deux précédentes éditions : il y a 25 nœuds de vent maintenant, avec de belles lumières, une jolie houle pour surfer. Je vais me faire plaisir  et je savoure ces moments rares dans le Grand Sud ».

Et au cap Horn alors, quel est le menu ? « Ca va monter jusqu’à dimanche. Les fichiers prévoient 25-30 nœuds de vent au passage du cap. En général, il faut en ajouter 10 pour avoir une idée de la réalité. Mais comme le vent sera Sud-Ouest et pas Nord-Ouest, il ne s’accélèrera pas le long de la Cordillère des Andes. »

Un gros millier de milles reste donc à parcourir ce jeudi matin pour La Mie Câline avant de pouvoir mettre le clignotant à gauche direction Les Sables d’Olonne. Ce sera la troisième fois en huit ans et trois Vendée Globe consécutifs, qu’Arnaud Boissières franchira le rocher mythique. « Les deux premières fois, j’étais très excité. Là, j’avoue que ça va ressembler à une délivrance parce que le Sud n’a vraiment pas été simple. Mais bon, le cap Horn reste le cap Horn et ce n’est jamais anodin. J’espère qu’on passera de jour avec de la lumière pour bien immortaliser tout ça ». Rendez-vous donc dimanche pour une de ces cartes postales dont les marins du Vendée Globe ne se lassent pas.

* ZEA : Zone d’exclusion antarctique : ligne imaginaire matérialisée par des way points fixés par la direction de course au Sud de laquelle les skippers n’ont pas le droit de naviguer pour se prémunir des risques d’icebergs.

** IDEC : Trimaran de 33 mètres mené par Francis Joyon et son équipage.