La pression est montée d’un cran à 24 heures du départ. Si la météo reste favorable, l’entame très rapide de ce 8ème Vendée Globe imposera aux skippers de rentrer tout de suite dans le match. Arnaud Boissières, qui a bien répété le scenario des trois premiers jours de course avec son équipe, est prêt à en découdre.

Pendant que les plongeurs s’affairent sous la coque de La Mie Câline (un dernier coup d’éponge pour la glisse), l’ordinateur du bord crache ses fichiers météo et ses routages. Et là aussi, ça glisse ! « Depuis trois jours, le scenario est globalement le même avec une navigation au portant très rapide vers l’Espagne puis les Canaries. C’est moins angoissant qu’une bonne dépression au près, mais c’est un autre stress. C’est assez sélectif en fait ! Bref, on risque de ne pas beaucoup dormir d’ici Lisbonne ! » prédit Arnaud. Prévu à 15 nœuds au départ, le vent se renforcera rapidement dans la nuit à 20-25 nœuds de travers avant du vrai portant à l’approche de l’Espagne.

Autant dire que le record Les Sables-Equateur détenu par Jean le Cam (10 jours et 11 heures) risque bien d’être balayé, les nouveaux foilers trouvant dès le golfe de Gascogne de quoi affoler les compteurs. Prédire les écarts potentiels au cap Finisterre, Cali s’en moque visiblement. En revanche, savoir si le passage de la pointe de l’Espagne, qui promet d’être très agité (4 à 5 mètres de creux et plus de 30 nœuds), se fera de jour, lundi après-midi ou à la nuit tombée, est une donnée plus stratégique. « La route fait plutôt passer entre la côte et le DST (dispositif de séparation du trafic*). Il n’y a pas beaucoup de place, plein de bateaux sur l’eau et l’accélération est brutale sur les reliefs. Il faudra bien gérer les changements de voile, c’est ça la clef ». Plus que le potentiel intrinsèque du bateau, le choix de la bonne voile de portant** et le moment opportun pour réduire ou renvoyer, la fluidité de la trajectoire pour rester dans le bon couloir de vent sont les éléments déterminants de la performance. Dans ce contexte, de gros écarts de vitesse moyenne sont possibles…

En attendant un premier bilan lundi et mardi, il faudra commencer par bien gérer le départ. A l’émotion des embrassades et poignées de mains sur le ponton, succèdera la folie du chenal. « Notre Maracana ! » dit Pierre Simon, le chef de projet, en référence au chaudron brésilien qu’est le stade de Rio de Janeiro. La Mie Câline se présentera en 21ème position lors de cette procession libératoire avant de pouvoir enfin rejoindre l’océan et hisser les voiles.

La suite est question de réflexes et de concentration. « Je pense tout le temps à Kito de Pavant et à Louis Burton » nous confiait le skipper en référence aux fortunes de mer des deux skippers au début de l’édition précédente. Avant de veiller aux grains, il faudra donc veiller les autres :  concurrents, spectateurs, pêcheurs, casiers et filets aussi… 

Aux environs de 12 h 30, Guillaume Le Fur et Alexandre Carraro qui accompagnent Arnaud jusqu’à la zone de départ rejoindront les deux zodiacs de l’équipe. Cali sera enfin seul, avec sans doute un petit poids sur l’estomac mais à l’attaque d’un nouveau tour du monde en solitaire, ce qu’il préfère par-dessus tout.

 

* C’est le rail des cargos qui est une zone d’exclusion de la navigation dans les instructions de course, avec pénalité à la clef pour celui qui y pénètre.  

** Arnaud dispose à bord de 4 voiles de portant, sur les 9 obligatoires. Deux spis, un envoyé en tête de mât, l’autre au capelage et deux gennakers. Les spis s’envoient sur chaussette. Ils permettent de mieux glisser plus proche de l’axe du vent mais sont d’un maniement plus aléatoire en solitaire. Les gennakers s’enroulent sur eux-mêmes et ont une plage d’utilisation plus importante.