• Positionné 19ème ce matin au large du Brésil, Arnaud Boissières a perdu toute l’avance qu’il avait accumulé dans l’Atlantique Nord sur son groupe de poursuivants.
  • Son écart avec Louis Burton, qui ouvre la marche de ce paquet compact de dix bateaux, reste inférieure à 150 milles, mineure donc à l’échelle du tour du monde.
  • Le scénario des jours suivants promet encore une progression lente, avec des vents contraires, avant de pouvoir toucher les premières dépressions la semaine prochaine et rejoindre le grand Sud.

 

Alors qu’Alex Thomson a franchi hier la longitude du cap de Bonne Espérance signant un nouveau record, l’Atlantique Sud retient dans ses filets tout un groupe de concurrents dont La Mie Câline. En cause, une dorsale* de l’anticyclone de Sainte-Hélène qui a stoppé net l’alizé pendant 3 jours. Décalé dans l’Ouest, Arnaud a particulièrement pâti de ces conditions aléatoires mais conserve un bon moral.

Une fois dans l’hémisphère Sud, lorsque le Pot au Noir est enfin relégué dans le tableau arrière, l’expression consacrée veut qu’on navigue la « tête en bas ». Mais parfois, le sang vous monte au cerveau et c’est le monde à l’envers… Décidément, le scénario météo de ce 8ème Vendée Globe est inattendu. Des conditions exceptionnelles au départ, d’énormes passages à niveau entre la tête de flotte et les retardataires et maintenant un alizé en panne sèche entre Recife et Rio. « On s’est retrouvé dans une dorsale anticyclonique qui a gagné dans l’ouest et a complètement rompu l’alizé, explique Arnaud. Parfois, tu passes vite ces phénomènes ; là, ça a été l’enfer ».

Sainte-Hélène et les garçons.
Tout s’est passé en début de semaine. Décalé dans l’Ouest à la sortie du Pot au Noir, La Mie Câline s’est retrouvé au près débridé vers Recife, comme le prévoient les road books, attendant que le vent adonne progressivement (dans l’hémisphère Sud, l’alizé passe du Sud-Est à l’Est). Mais Sainte-Hélène s’est faite garce et a envoyé sur la route une vilaine dorsale* mettre une belle pagaille dans la flotte. En bref, un second Pot au Noir.

Sur le papier, on aurait bien parié que la position Ouest d’Arnaud lui vaudrait de mieux s’en tirer que ses petits camarades – Louis Burton (Bureau Vallée) en tête, suivi de Fabrice Amedeo (Newrest-Matmut) qui lofaient  vers l’axe de la dorsale. Et bien c’est tout le contraire qui s’est passé… « J’ai les boules mais j’essaie surtout de comprendre. Louis (Burton NDLR) est parti avec moi à l’ouest et il a changé d’avis. Il a recroisé brutalement. J’aurais peut- être dû le suivre à ce moment-là, mais je ne voulais pas faire trop de zigzags et je m’appliquais à bien descendre, faire du Sud pour traverser le plus vite le phénomène ». Lorsque le peloton derrière – Fabrice Amedeo (Newrest Matmut), Stéphane Le Diraison (Compagnie du Lit-Boulogne Billancourt), Conrad Colman (Foresight Natural Energy), mais aussi Kojiro Shiraishi (Spirit of Yukoh) ou encore Nandor Fa (Spirit of Hungary), Rich Wilson (Great American IV), Romain Attanasio (Famille Mary-Etamine du Lys) et Eric Bellion (Comme un seul homme) – a constaté les écarts de vitesse criants aux pointages, il a choisi le bon couloir. « Ou alors, il y a un truc que je n’ai pas vu… Je me dis que c’est ça aussi la voile, rien n’est écrit, et la réussite n’est pas toujours là où tu l’imagines. »

15ème dimanche, 16ème lundi, Arnaud s’est vu régulièrement dégringoler au classement, restant sur sa route en serrant les dents, manœuvrant comme un diable (sa trace en témoigne !) et croyant toujours en sa chance. 18ème mardi soir, il pointait 21ème mercredi matin. Une hémorragie. « C’est simple, j’avais 100 milles d’avance sur ce paquet de bateaux, je me retrouve avec 100 milles de retard ». Raisonnablement, Arnaud a choisi de se réaligner en lofant à son tour, lorsque les risées erratiques lui en laissaient l’opportunité. « Cette nuit, c’était l’enfer. Une pluie diluvienne, zéro nœud de vent pendant deux heures. Le bateau arrêté. J’ai même fait du Nord à un moment donné et quelques 360** pour relancer La Mie Câline**. Tu te demandes bien ce qu’il faut faire dans ces moments-là …»

Patience
« Il faut être patient », c’est l’intéressé lui-même qui l’expliquait dans une petite vidéo postée mercredi. Pluie et voiles battantes, le tour d’horizon que décrivait Arnaud avec la caméra au bout de sa perche en disait long sur l’enfer brésilien.

Jeudi matin, Arnaud croisait à vue Eric Bellion qu’il doublait avant de glaner une place supplémentaire au général hier soir, due au regrettable abandon de Morgan Lagravière. Car le Vendée Globe fait aussi parler sa loi de course de fond. Quatre concurrents en ont déjà fait les frais et Arnaud, s’il sait que rien n’est acquis de ce côté, se félicite d’aborder le Sud avec son La Mie Câline en parfait état. « Le moteur, c’est ma petite routine maintenant. A chaque démarrage, j’ouvre le capot et je prends mon câble pour mettre en excitation le démarreur. Ça marche bien. J’ai réparé une petite fuite d’hydraulique sur un hydrogénérateur, refait quelques laschings, j’ai toutes mes voiles, le bateau est nickel et c’est ma consolation. »

En quittant aujourd’hui la dorsale, le groupe de dix bateaux dans lequel se bagarre La Mie Câline va naviguer… au près. C’est un peu le monde à l’envers en cette saison dans l’atlantique Sud. Pour les premières dépressions, il faudra attendre la semaine prochaine. Bonne Espérance est encore loin, mais Arnaud Boissières est un coureur de fond.