• Tout va bien à bord de La Mie Câline qui pointait ce matin à la 13ème place à deux jours des Iles Kerguelen.
  • Fidèle à sa réputation, l’océan Indien a durement touché la flotte. La course a clairement changé de mode et pousse Arnaud à la prudence.
  • La succession des dépressions ne lasse absolument pas le skipper qui continue de qualifier de « magique » ce drôle de terrain de jeu.

 

La course a pris une toute autre tournure cette semaine et le Sud n’a pas failli à sa réputation. Dans ces parages, il faut savoir aller vite mais naviguer aussi la tête dans les épaules de temps en temps et connaître un peu de réussite pour se frayer un chemin sans encombres. De ce point de vue La Mie Câline s’en sort plutôt bien…

« Ce qui change ici, c’est la mer. Cette nuit, au plus fort du front, c’était violent. Je ne pouvais pas abattre à cause de cette f… barrière des glaces* car bizarrement, le vent était Nord. Et dans cette mer de travers, le bateau était franchement secoué. J’ai fini avec 3 ris et J3 (plus petite voile d’avant) et franchement, il n’en fallait pas plus. »

04 12

Depuis le passage du cap de Bonne Espérance dimanche dernier, franchi à l’issue d’une première perturbation, deux autres dépressions se sont déjà succédées ! Avec pas mal de casse à la clef. Le groupe de dix, qui bataillait en Atlantique Sud dans des conditions poussives, s’est changé en club des cinq, toujours emmené par le véloce Louis Burton. Certains se sont fait décrocher comme Rich Wilson, d’autres ont connu des avaries de safran très pénalisantes (Romain Attanasio et Eric Bellion), le sort ayant frappé encore plus durement le japonais Kojiro Shiraishi, contraint à l’abandon suite à son démâtage. Arnaud n’a pas été épargné puisque dans la nuit de samedi à dimanche, il subissait une avarie de chariot de tétière**, … et percutait une baleine pendant qu’il ré-hissait sa grand voile. A ce moment précis, La Mie Câline propulsé par sa seule voile d’avant progressait heureusement à vitesse réduite (10 nœuds), provoquant des dégâts mineurs.

« Toutes ces avaries avec les OFNI, ça fait réfléchir. Le pire, c’est bien sûr Kito (de Pavant, qui a été obligé d’abandonner son bateau, quille arrachée NDLR)
J’ai appris son accident en direct à la vacation. J’avais les boules parce que j’aime bien le personnage et qu’on échange. Je suis armateur comme lui et je vois bien ce que ça représente de perdre son bateau même quand tu es assuré. Tu rembourses peut-être ton crédit mais tu perds tout ce qui fait qu’un projet existe. »

Un autre monde
Heureusement, le Sud réserve aussi de petits bonheurs maritimes qu’Arnaud vient chercher pour la troisième fois consécutive. « C’est quand même magique ! Les systèmes passent très vite et on ne peut pas dire qu’on s’ennuie. En fait, c’est simple. Une dépression dure 24 à 36 heures. Ensuite tu as 24 heures d’accalmie et ça repart. Mais je ne me lasse pas. Après le front cette nuit où il grêlait, il fait beau aujourd’hui et la lumière est incroyable. La mer s’est un peu calmée, deux albatros me tournent autour. Je leur parle, on délire ensemble ! »

Il fait plus frais mais pas encore vraiment vraiment froid aux dires du skipper. Les nuits, heureusement, sont courtes dans l’été austral, mais le duvet est de rigueur dans une atmosphère qui descend quand même à 8 degrés, bien chargée d’humidité. Souvent c’est porte fermée et en ciré que se passe la veille, à l’écoute du bateau et des vagues, surveillant de l’œil et du bassin les mouvements de lacet contrés par le pilote.

La Mie Câline glisse maintenant vers les Iles Kerguelen qu’Arnaud devrait franchir ce week-end à la faveur d’une nouvelle perturbation. Celle-ci doit générer des vents de sud-ouest plus propices à la glisse, même si les parages de l’île et la remontée des fonds doivent pousser à la vigilance. « Parfois, j’ai envie de me faire prendre par l’émulation, mais je me contiens car la ligne d’arrivée n’est pas au cap Leeuwin…» nous confiait en guise de conclusion Arnaud avant de remonter sur le pont.

*La Zone d’Exclusion Antarctique est une barrière infranchissable sous peine d’être obligé de rebrousser chemin jusqu’à son point d’entrée (comme l’a fait Jean-Pierre Dick la semaine passée). Lorsque le plus fort des vents est nord, les skippers ne peuvent pas laisser porter au Sud pour surfer les vagues mais loffer vers l’Est et naviguer mer par le travers, ce qui est le pire à haute vitesse pour l’intégrité du bateau et du gréement.

** La grand voile coulisse sur le rail fixé sur la face arrière du mât grâce à des chariots à bille. Suite à une usure anormale, la gorge du chariot le plus haut (tétière) a cassé et libéré toutes les billes. Arnaud en avait un de rechange et a pu réparer en quelques heures.