• Après avoir franchi pour la quatrième fois de sa carrière le cap Leeuwin, Arnaud Boissières va aborder le Pacifique et s’approche de la mi-parcours.
  • Ralenti par ses ennuis techniques dans un océan Indien fidèle à sa réputation, Arnaud navigue actuellement en 11ème position.
  • Le skipper sablais pourra fêter dans des conditions relativement paisibles Noël, tout en surveillant une nouvelle dépression à l’approche de la Nouvelle-Zélande.

 

« L’indien, si tu pouvais dire à ton copain Pacifique que tu m’as déjà scalpé, ça m’arrangerait ! » Difficile d’être plus clair que ce message envoyé par Arnaud à son équipe lundi, suite à un énième pépin technique. La caisse à outils aura été ouverte souvent entre Bonne Espérance et Leeuwin et Cali aimerait bien un peu de répit alors qu’il franchira la mi-parcours ce soir. La Mie Câline rentrera dans le plus grand océan de la planète, un beau symbole pour Noël.

« Et oui, l’Indien a été sauvage, il a malmené le bateau et le bonhomme (nerveusement, il faut bien l’avouer !) mais plutôt moins qu’en 2008 somme toute. J’ai dû affaler la grand-voile quatre fois. La dernière, c’était pour accéder à la latte de corne, cassée*. C’est toujours compliqué de descendre tout** et pour la remonter par 20-25 nœuds de vent, c’est un jeu de patience, de dépense physique, avec parfois un sentiment de désolation. J’ai donc perdu pas mal de terrain, c’est une chose, et de l’énergie aussi. Mais lorsqu’on reprend la route, on ne peut qu’être content du travail accompli. »

La semaine passée, La Mie Câline se préparait à affronter la plus sévère dépression depuis son départ des Sables d’Olonne le 6 novembre. L’océan Indien n’a pas failli à sa réputation : vents très instables en force et direction, grains de grêle ou de neige au passage des fronts, mer vicieuse. Le crochet réalisé au Nord a permis à Arnaud de préserver l’essentiel dans ce combat, même si ce bord conservateur et les ennuis de grand-voile et autres petits soucis (winches bloqués, axe de safran fragilisé…)  ont permis au néo-zélandais Conrad Colman de s’échapper. « Désormais, je fais la course avec moi-même et mon bateau. Je me mets moins la pression qu’il y a quelques jours. Je me dis qu’un Vendée Globe se mérite, avec ses hauts et ses bas et qu’il y a plus malheureux que moi ». Difficile en effet de ne pas évoquer l’hécatombe des derniers jours. Le démâtage de Stéphane Le Diraison pour commencer. Thomas Ruyant ensuite, qui sauve in extremis et avec beaucoup de sang froid son plan Verdier suite à une terrible collision avec un OFNI en ralliant la Nouvelle-Zélande. Quant à Paul Meilhat, il a constaté la rupture de son vérin de quille et s’est dérouté plein Nord vers la Polynésie… Le classement est à nouveau chamboulé et, à l’heure où Armel Le Cléac’h s’apprête à franchir le cap Horn en tête, les petites pelotes de concurrents qui animaient la course comme plusieurs régates se sont effilochées. En 11ème position ce matin, Arnaud a désormais 560 milles de retard sur Conrad Colman et un petit matelas de 220 milles sur Alan Roura, premier poursuivant à pouvoir défendre ses chances (Stéphane Le Diraison est encore classé douzième mais rallie sous gréement de fortune l’Australie).

La mi-course à Noël
L’actualité de la semaine, ça n’a échappé à personne, ce sont bien sur les préparatifs de Noël. Même si ce n’est jamais vraiment les vacances sur le Vendée Globe – une vilaine perturbation pourrait cueillir Arnaud sous la Nouvelle-Zélande dès dimanche – le rituel fait aussi partie de la course. « Je prépare Noël avec impatience. La déco est quasi finie, j’hésite pour la musique entre Elvis et Sinatra. Tout est là pour passer un bon moment intense et riche. » On attend donc les images, avec certainement quelques surprises sous le sapin de La Mie Câline !

Les quelques bulles de champagne feront vite leur effet sur un organisme usé par sept semaines de mer et Arnaud pourra divaguer sur les 5500 milles de l’océan Pacifique qui s’ouvre devant son étrave. Au bout de ce troisième océan, le mythique cap Horn et le droit de « tourner à gauche » selon l’expression consacrée, pour rentrer à la maison….

 

* La corne de la grand voile est la partie rectangulaire à son sommet. Cette forme permet d’augmenter la surface pour une même hauteur de mât (limitée par le règlement) mais impose de sévères contraintes sur les lattes, dont une stratégique, positionnée à 45° de la corne. C’est donc elle qui a cassé.

** Quand Arnaud parle descendre le tout, il fait allusion aux chariots de lattes qui s’entassent au dessus de la bôme et aux plis du tissu très rigide. Même complètement affalée, le sommet de la voile se situe à quelques 2,5 m au dessus du pont. C’est donc en équilibre très instable dans le hauban et sur la bôme qu’il faut aller bricoler les lattes. Reste ensuite à ré-hisser ce qui impose de venir presque face au vent et à faire passer chaque latte entre les lazy-jacks, cordages qui retiennent la bôme en hauteur.  Dernière précision, la grand voile d’un IMOCA pèse 158 kg …