« J’ai passé une superbe journée dans le Pacifique ! J’ai retouché du vent, j’ai fait des manœuvres, C’est chouette ! J’ai croisé Fabrice Amedeo ! Juste à côté de moi, sous spi. C’était super sympa. En plus on échange pas mal, on discute pas mal par mail : c’est un peu mon ange gardien, j’étais content de le voir à côté de moi.

Là, ça a un peu accéléré, ce n’est pas désagréable. On s’est perdu de vu tout à l’heure parce que dans un nuage, moi j’ai glissé sous spi et lui a loffé un peu, je pense qu’il a affalé son spi. Moi, j’ai continué sous spi un peu plus longtemps. On s’est vu pendant 3 heures ! On a empanné quasiment en même temps. On s’est retrouvé à vue au moment où le ciel se dégageait. Limité un peu de soleil ! C’est chouette quand tu vois un bateau à côté de toi, au bout de 2 mois, je peux te dire qu’à bord, tu es sacrément content, ça met du peps à ma course. J’ai peut-être réussi à mettre le spi un peu plus longtemps que lui. Pour résumer, c’était une bonne journée : retoucher un peu de vent, croiser un bateau, faire quelques manœuvres, aller à l’étrave et se prendre une petite vague… on avance vers le cap Horn et c’est agréable !

C’est assez étonnant, j’ai un vague souvenir de mon 1er Vendée Globe, je n’avais quasiment pas fait de spi dans les mers du Sud et il y a 4 ans, avec les portes des glaces, à chaque fois on remontait vers le Nord et à chaque fois, c’était spiable. Et là, c’est un peu d’appréhension quand même quand tu mets le spi. Tu te dis quand même qu’on est dans les mers du Sud, faut faire gaffe, ça peut monter vite fait. Voilà, j’étais content de faire du spi, d’affaler, de passer sous grand gennaker. En plus, mon grand gennaker, il était abîmé et il y a 3 jours, dans la molle, j’ai mis des rustines. J’étais content de voir le résultat, ça tient bien. Surtout que ce gennaker-là a déjà fait un tour du monde donc il en est à son deuxième. Toutes ces petites raisons font que je suis content ! Il ne faut pas grand-chose pour être heureux mais c’est déjà pas mal !

C’est beau temps, belle mer. La mer s’est un petit peu formée avec le vent. Beau… il a fait beau tout à l’heure entre deux nuages ! C’est plutôt du gris dominant mais c’est joli quand même. Il fait frais puisqu’on est par 54° Sud. C’est agréable,  j’ai l’impression de retrouver le Sud comme j’avais connu un peu. Il n’y a pas énormément de vent, il y a 25 nœuds avec de belles lumières, une belle houle pour surfer. Je vais me faire plaisir jusqu’au cap Horn : je savoure ces moments rares dans le Grand Sud. Je savoure.

J’avais du mal à me projeter jusqu’au cap Horn, je regarde depuis 24 heures. On a du vent à négocier, il va peut-être falloir passer l’Ouest plutôt que par le Nord. Dans 3 jours ½, le weekend prochain au cap Horn… ça me laisse tout rêveur de me dire que je vais passer le cap Horn une troisième fois, ça me donne une motivation supplémentaire.

J’ai fait le ménage du bateau dans la pétole que nous avons eu, j’ai fait le tour du bateau, j’ai remis un peu d’huile dans l’hydro-générateur, j’ai resserré quelques vis, j’ai mis du joint pour les fuites d’eau, j’ai réparé mon gennaker, j’ai fait des beaux dodos… Je me suis aperçu, malgré tout, que j’avais perdu du poids jusqu’à la fin de l’océan Indien et j’ai l’impression d’avoir repris un peu : j’ai bien mangé mes plats lyophilisés dans les calmes, je me suis fait plaisir. Un petit répit avant le cap Horn. C’était un peu laborieux ces 3 jours de pétole mais bon, faut faire avec. Maintenant c’est de l’histoire ancienne, on va glisser et ça a permis de faire un check du bateau.

Le bateau fatigue un peu comme moi, mais il tient bien la route : je suis assez admiratif de mon bateau qui en est à son quatrième tour du monde. Je suis de nouveau à 100% du potentiel du bateau, mais je fais toujours extrêmement attention quand je manipule ma grand-voile, quand je prends un ris, quand j’empanne ou autre avec mes chariots. C’est peut-être un peu idiot de ma part, un peu psychologique parce que maintenant ça tient mais bon voilà, je fais super attention. J’ai un winch qui déconne mais bon… Le bateau est à 100% du potentiel. Il a 2 mois de mer comme le bonhomme mais il tient la route le pépère. Et moi aussi, je suis à 100%. Il y a quelques jours, j’étais un peu déçu mais la projection de voir où j’étais géographiquement et que je m’orientais vers le passage du cap Horn m’a réjoui. J’ai une chance incroyable d’être là : je suis quand même onzième, ce n’est pas ridicule, je mesure la chance que j’ai d’être là. Ce n’est pas facile d’arriver jusque-là.

Je suis en pleine forme. Je fais quand même attention à tout mais je suis en pleine forme et super motivé.

Fabrice a le sistership, nos bateaux ont été construits en même temps en Nouvelle-Zélande. Il a été un peu plus customisé il y a 4 ans quand Le Cam l’avait. On discute de ça justement : il est un peu plus léger que mon bateau de 400 à 500 kg, mais on a le même potentiel. Et nous avons la même façon de naviguer et la même philosophie pour le reste du parcours qui est important. C’est chouette, on n’a pas fini de se tirer la bourre. Et c’est chouette parce que c’est quand même une course le Vendée Globe et ça donne du piment et ça me stimule encore plus… »

Pour écouter le son: http://www.vendeeglobe.org/fr/audios/skippers/73