« Je me suis décalé dans le Sud, près de la ZEA pour éviter le vent fort qui descend de la cordillère des Andes. Ca ne va pas tarder donc j’ai empanné vers 3h00 donc je suis en bâbord amures. Ca va rentrer assez fort, le vent accélère le long de la cordillère avec du vent froid… c’est la fin des mers du Sud, avec un vent fort qui nous attend. J’ai un peu temporisé pour ne pas me retrouver dans le plus fort de la tempête mais je m’y engage progressivement.

La mer s’est un peu calmée, elle est en train de changer d’orientation. Elle était un peu croisée tout à l’heure. Il bruine un petit peu. Il fait nuit depuis deux heures. Il fait froid mais ça, ce n’est pas un mystère. La mer, ça va plutôt bien. Je pense que ça va vite se lever avec le vent et après, on aura comme une zone quand tu passes entre la Corse et la Sardaigne, l’effet venturi s’accélère et après, ça devrait être un peu plus calme.

J’espère que je n’aurais pas 60 nœuds parce que je suis parti un peu au Sud mais bon, on verra ! On se prépare ; j’ai eu la chance d’avoir un moment de transition tout à l’heure donc j’ai fait le tour du bateau. J’ai 3 voiles à l’extérieur dans les sacs, j’ai mis deux dans le cockpit, pour éviter si on doit manœuvrer vite fait… j’en ai qu’une que je dois mettre d’un bord à l’autre. J’ai retendu le guindant du J3, j’ai pris le troisième ris, j’ai bien rangé tous mes ris pour qu’il n’y ait pas de poches d’eau dedans et à l’intérieur du bateau, je fais attention qu’il n’y ait rien qui traîne, qu’il n’y ait rien qui se casse la gueule.

C’est un peu angoissant, ça fait 3 jours que c’est un peu stressant. En 2009, on s’était pris une grosse dépression juste après le cap Horn, ils annonçaient 80 nœuds,  avec Dee Caffari et Brian Thompson… C’était super chaud ! On avait un peu tous les 3 temporisé, on s’était pas mal parlé en échangeant par mail en anglais. 

 

Là, je trouve que ça fait plusieurs fois qu’on évite des gros coups de vent. C’est particulier : tu es en course mais tu ralentis. Il y a un mélange d’appréhension et d’excitation. Je suis un peu suspendu aux fichiers météo qui s’améliorent ces dernières heures, mais malgré tout, il y a de l’appréhension, c’est sûr, il y a de la tension parce que, là où on est, on sait que ce n’est pas commun. Quand je relis les fiches de Jean-Yves Bernot (navigateur, spécialiste du routage), tu te dis bien que ce sont des endroits où les coups de vent sont réguliers… J’essaie quand même, malgré tout, de savourer, de me dire que géographiquement, ce n’est pas un endroit commun. J’essaie de profiter mais avec parcimonie, entre les deux fichiers météo ! Je vais passer très au Sud du cap Horn : je ne le verrai pas. L’objectif était, en partant au Sud, d’empanner comme j’ai fait tout à l’heure, et après de me retrouver assez Sud. C’est écrit que si on passe trop près, il y aura vraiment beaucoup de vent. Ca allonge un peu le trajet, encore que, mais au moins, c’est plus sûr.

On est pas mal en contact tous les quatre, surtout avec Fabrice (Amedeo) qui est mon nouvel ami des mers du Sud, et Alan (Roura) qui me disait tout à l’heure qu’il est tombé dans la pétole : c’est un peu le piège de descendre trop Sud. On s’écrit, c’est sympa, on se remonte le moral ! On se dit qu’on est tous dans le même bateau, qui ! Et puis avec Rich (Wilson) qui nous écrit toujours avec son tact et son  élégance : l’autre jour,  il nous a même envoyé une citation de Bernard Moitessier en anglais ! J’ai trouvé ça très classe. C’est sympa de rester en contact tous les 4, avec Fabrice, on parle de la course en général, on parle des bateaux, des bateaux qui sont en vente, des bateaux qui s’achètent… on fait un peu l’argus de l’IMOCA.

Il y a entre 15 et 20 nœuds, plutôt 20 nœuds. Le vent est au 300. J’avais un peu ralenti. Là je ré-avance à 11 nœuds et il pleut, Monseigneur, il pleut ! C’est chouette, il ne neige pas, il pleut ! »

Pour écouter le son: http://www.vendeeglobe.org/fr/audios/skippers/73