« Je pensais que ça allait être une nuit tranquille, que le vent allait refuser mais j’ai eu une averse de grêle pendant une bonne demie heure et surtout le vent est passé de 6 à 28 nœuds en un rien de temps donc c’était une nuit un peu agitée !

Là, depuis le levé du jour, ça s’est un peu établit, un peu plus sereinement et j’attends que le vent tourne encore pour pouvoir virer de bord. Le gros avantage, quand tu passes une nuit comme ça, c’est que tu as le ciré et que tu as le soleil, il fait chaud, les portes sont ouvertes, c’est aéré, il fait beau…

J’ai un souvenir de mon premier Vendée Globe, avant de partir, Benoit Parnaudeau avec qui je suis super copain m’avait prévenu (il avait fait le Vendée Globe juste avant en 2004) « fais gaffe, après le cap Horn, tu vas voir, c’est pénible ». C’est pénible mais par rapport à il y a 4 ans, c’est du velours ! Il y a 4 ans, il y avait Le Cam, Golding et Wavre qui étaient partis au large au près dans 25 nœuds ; moi, j’étais le long des côtes brésiliennes avec du vent instable. Là, c’est peut-être moins pire mais depuis le départ, le 6 novembre, je t’avoue que je n’enchaîne pas forcément les bons phénomènes météo.. mais c’est moins pire qu’il y a 4 ans !

La lutte avec Fabrice, c’est sympa, ça met de l’activité et nous avons quand même des bateaux frères jumeaux, construits en même temps en Nouvelle Zélande pour Dick et Peyron. On a des vitesses assez proches, une manière de naviguer assez proche en se disant qu’on fait gaffe jusqu’à l’arrivée. Puis on se disait l’un et l’autre, quand on s’écrit, que c’est quand même pas mal, cette stimulation entre nous, ça nous permet de nous mettre dans le match en se disant qu’on essaierait bien de rattraper les 2 de devant, en tout cas réduire l’écart parce qu’ils nous ont quand même bien ridiculisés dans le Sud. C’est bien parce qu’on est à 600 miles maintenant alors qu’ils étaient à 1200 miles au début. Ca fait un petit match sympa, on fait la course des clients après on court ensemble pour rattraper les autres. Comme c’est vrai qu’on a quand même pas beaucoup d’écart en lattitude et en longitude, qu’on a des vitesses similaires régulièrement. C’est un coup lui devant, un coup moi devant. Là je suis devant lui, mais de pas beaucoup.

C’est sympa, c’est une confrontation amicale plutôt agréable. On s’écrit pas mal, pas forcément pour parler de la course. On parle de la flotte IMOCA qui est en train de changer de mains, on parle des évolutions qu’on ferait bien l’un et l’autre sur nos bateaux respectifs. J’échange aussi pas mal avec Alan, qui des fois, de par son jeune âge, est un peu extrême dans les deux sens : des coups de moral moins bien, des moments où il est au taquet, super content de tout donc c’est sympa d’échanger avec Fabrice et Alan. Ca donne un autre aspect à ce Vendée Globe, pour moi en tout cas. Je n’avais jamais échangé autant sur un Vendée Globe, c’est plutôt rigolo.

J’ai vraiment vécu l’arrivée d’Armel comme une fête à bord. J’étais vraiment content pour lui, pour son projet. Après, je pense qu’une fois que les 3 seront arrivés, Dick – Eliès – Le Cam, il y aura un petit trou et quand Louis va arriver, moi je me dirai qu’il est temps de rentrer mais c’est plus pour ma femmes et mes proches qui, depuis que le premier est arrivé, se demande quand Arnaud arrive… Moi, un peu moins. Je savais qu’entre le premier et mo, il y aurait pas mal de distance. Je regarde les scénarios jusqu’au Pot au Noir et après on pourra se dire, il reste tant de jours. Pour le moment, ça ne me titille pas trop. »

Pour écouter le son: http://www.vendeeglobe.org/fr/audios/skippers/73