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J’ai dû accrocher du vent plus fort que Fabrice, je suis passé cette nuit du près un peu appuyé avec du vent un peu instable au vent de travers. Là, tu vois, j’étais pas mal sur le bateau, il y avait des nuages avec des grains, du vent qui changeait de direction : je pense que j’ai accroché les alizés donc c’est plutôt sympa. Il y a du soleil, le ciel est un peu chargé de nuages mais c’est plutôt bon signe, ça veut dire qu’il y a de l’activité, ça permet de filer droit vers le Nord. Je pense que c’est un positionnement qui fait que je suis parti un peu plus tôt. Du coup, ça a fait la différence mais je pense qu’on va encore se retrouver. Je ne sais pas où mais on risque de se retrouver !

On a fait du près, on a tiré des bords un peu en travers de la route, on a eu de la molle… c’est sûr que c’est un peu un soulagement aujourd’hui de voir le jour parce que ça va durer plusieurs jours, cette histoire de filer tout droit. C’est bien de filer tout droit vers la France avec des vitesses correctes. C’est un vrai soulagement de se dire que ça rapproche un peu plus de la maison.

Non, je ne connaissais pas Fabrice très bien. Il m’avait demandé une fois de visiter le bateau à un départ de Jacques Vabre ; on s’est rencontré comme ça. Nos deux bateaux ont été construits en Nouvelle-Zélande, on est allé chacun le chercher à Barcelone à une semaine ou quinze jours d’intervalle et du coup, on communique pas mal sur un peu tout, sur le fait qu’il y a beaucoup de bateaux qui changent de main en ce moment alors qu’on est en mer nous, de la séparation avec nos proches, nos familles, ce que ça représente pour chacun l’un pour l’autre. C’est marrant parce que on a tous les deux des profils un peu différents mais une approche un peu pareil de notre course. Je trouve ça intéressant parce qu’un Vendée Globe, c’est pas qu’un Vendée Globe avec des voileux ! Fabrice a un profil différent, à l’origine il est journaliste, d’ailleurs il va finir plus voileux que journaliste mais c’est intéressant d’avoir son approche sur pas mal de choses parce qu’à force de ne fréquenter que des voileux, c’est toujours la même approche. Là, c’est un peu différent et je me rends compte, au final, que son approche et la mienne ne sont pas si différentes que ça. On a pris un risque, déjà, on a acheté un bateau alors que moi personnellement je n’avais pas beaucoup de partenaires et lui, c’est pareil, il lui en manquait. Ce sont plus des attitudes de petits chefs d’entreprise que de voileux. Moi, je suis content de partager comme ça avec un gars qui est quand même assez cultivé et qui arrive d’un milieux différent de Port La Forêt.

On est encore assez loin de l’arrivée, c’est un Transat Jacques Vabre. Moi, j’essaie de tronçonner le parcours, la prochaine étape c’est le passage de Fernando de Noronha, après l’équateur et le Pot au Noir.

J’appréhende d’une bonne manière l’arrivée, c’est quand même la fin d’un tour du monde et savourer tous ces moments assez plaisants, actuellement. Si je dois dire à quel moment j’ai pris du plaisir sur ce Vendée Globe, j’ai l’impression que c’est là, ces derniers jours depuis le cap Horn et le passage des Malouines. J’essaie de savourer ces moments-là, d’en prendre plein les poumons parce que ce n’est que tous les 4 ans. Après, le retour est toujours « compliqué » parce que c’ets une coupure avec les proches. Pour une fois, en trois Vendée Globe, j’ai tendance à dire que je vais être content d’arriver et un peu soulagé. Après, on est encore loin de l’arrivée.

Je me prépare à l’arrivée, je prépare aussi le projet à terre, je me projette sur d’autres courses, le Fastnet, la Jacques Vabre et, à terme, une Route du Rhum et un autre Vendée Globe, c’est comme ça que je me projette. Au niveau des proches, j’essaie avec ma femme, mon petit nouveau-né et mon grand qui a 10 ans, de me dire que je vais accorder du temps aussi à mes proches parce que j’ai lu un truc sur Aurélie, la femme d’Armel Le Cléac’h, qui a entièrement raison, elle dit « ce Vendée Globe on l’a gagné ensemble », Armel d’une part mais aussi sa famille d’autre part. On fait beaucoup de concessions, nous, égoïstement, navigateur, mais aussi, derrière nos familles aussi font beaucoup de concessions pour nous aider, nous épauler au quotidien. Je vais essayer d’accorder pas mal de temps que je n’ai pas pu accorder ces derniers mois, avant de partir à tout ça, à mes parents, à mon grand garçon, à ma femme, à mon nouveau-né qui aura 4 mois quand je vais arriver alors que je ne l’ai vu qu’un mois.

Faire la part des choses de tout ça, tout en gardant un œil sur le projecteur. Moi, j’ai envie de faire le Fastnet et de faire la Jacques Vabre et de me projeter sur un avenir maritime en IMOCA. »

Pour écouter le son: http://www.vendeeglobe.org/fr/audios/skippers/73