« Je ne suis pas mécontent parce qu’il y a du soleil et cela fait bien longtemps que je ne l’avais pas vu ! Donc je suis loin de tout mais il y a du soleil ! Et je ne suis pas mécontent aussi parce qu’on a passé cette dépression pacifique qui était un peu tonique… Depuis une dizaine d’heures, c’est opération séchage du bateau, des bottes, des cirés. Loin de tout, mais proche du bonheur ! Bronzé ? Je n’ai pas tellement l’impression parce que je trouve qu’on passe beaucoup de temps à l’intérieur du bateau

Dès qu’on a fini une manœuvre, on se réfugie à l’intérieur parce que ça mouille beaucoup, le pont, le cockpit… bronzé, ce n’est pas encore ça mais peut-être demain parce que le vent va encore faiblir. Demain, peut-être que je mettrai la crème solaire !

Il y a encore de la route pour aller au cap Horn… c’est l’équivalent d’une transat. On y va par étape. C’est bien qu’elle soit passée, cette dépression avec du vent de travers fort. Maintenant, nous avons une dorsale avec du vent faible à récupérer, à passer. On y va, sûrement… mais on y va !

Pour nous c’est complètement différent, c’est un Pacifique qui ressemble à l’Indien : une mer désordonnée avec des passages de front assez toniques qui lèvent une mer croisée. Pour moi, c’est la troisième fois mais c’est tout nouveau de cette manière-là et tout nouveau aussi parce qu’on risque de se retrouver bientôt dans la pétiole !

C’est ce que je disais avant le départ du Vendée Globe. On me dit que j’en ai déjà fait 2, que le troisième c’est pareil. Non ! Ce n’est jamais pareil quand on traverse les océans, quels qu’ils soient. J’avoue qu’en rentrant dans la dépression il y a 2 jours je me disais que c’était quand même assez  incroyable, j’ai l’impression de subir un peu les phénomènes météo : l’Atlantique, le Pot-au-Noir une grosse dorsale, Bonne-Espérance avec une grosse dep’, galère de chariots de grand-voile et petites galères à droite à gauche… Je fais attention à tout le matériel du bord qui fatigue et le bateau en est à son quatrième tour du monde, lui, donc je fais gaffe car quand on a préparé le bateau quelques mis avant le Vendée Globe, on s’est dit qu’on avait pas eu assez de temps mais là je m’en aperçois au quotidien. Mais ce n’est pas grave ! je fais avec, ça va bien, je joue avec tout ça en faisant piano piano parfois.

Là, il n’y a pas de soucis à part, je m’en suis aperçu tout à l’heure au lever du jour qu’il y a évent de ballast sur le pont qui s’est arraché. Ce qui fait que si je ne fais pas quelque chose, l’eau peut rentrer facilement dans le ballast et à part ça, ça va ! Juste quand je prends un ris ou quand je lâche un ris, je prends deux fois plus de temps parce que je n’ai pas envie d’avoir encore une galère de chariot. Mais sinon, j’ai toutes mes voiles, elles commencent à être fatiguées mais j’ai mis des patchs sur les voiles d’avant, J3, J2 et grand-voile mais j’ai toutes mes armes ! Tout va bien pour La Mie Câline, il est bien !

C’est super sympa de naviguer avec quatre autres solitaires, on s’écrit.  Éric Bellion nous disait qu’il commençait à comprendre le bateau, du coup il marche de mieux en mieux. Dans ma tête, il tire un peu dessus. Moi, je ne veux pas trop tirer dessus. On est à peu près pareil avec Fabrice Amedeo, on navigue un peu de la même manière j’ai l’impression et on a un peu les mêmes bateaux. C’est sympa d’être plusieurs, au moins, on a une petite bataille entre nous et mine de rien, c’est important quand tu passes du temps en mer, de donner du sens à tout ça. A chaque classement, tu te dis « j’ai gagné », « j’ai perdu »… Ca donne une émulation au quotidien à bord. »

 

Vacation de l’organisation du mercredi 4 janvier, 5h.

Pour écouter le son: http://www.vendeeglobe.org/fr/audios/skippers/73