« Hier soir, j’ai pris la décision d’empanner. Ca faisait 2 jours que je tournais autour de tout ça avec la dépression qui arrive, je n’avais pas envie de me faire piéger entre la dépression et la zone interdite ; il n’y avait qu’un couloir de 20 milles. Du coup, j’ai empanné un peu plus tôt que ce que me disais mon « collègue » du routage, notre Adrena national à bord du bateau. J’ai empanné plus tôt, en faisant plus « safe ».

Là, le jour se lève. J’ai eu une nuit un peu agitée parce que j’étais dans une ligne de grains avec une irrégularité permanente, entre 20 et 43 nœuds. Au début, tu te dis que ce n’est qu’une fois puis, en fait, ça arrive régulièrement. J’ai donc réduit la toile en me disant que c’était bien toilé pour 30-35 nœuds et mal toilé quand il y a 20 nœuds.

J’essaie de faire gaffe au bateau, au matériel, à la trajectoire pour les jours qui suivent. Ca va plutôt bien à bord depuis que j’ai pris cette décision-là. J’ai empanné, je fais ma route et j’assume. Je suis bien mieux comme ça que de serrer les fesses.

Hier, la Direction de course nous a envoyé des positions d’icebergs. Il y avait effectivement un iceberg entre les Kerguelen et moi. Je sais que Conrad est passé pas très loin mais moi, je n’ai pas vu tout ça. Ce qui est sûr, c’est que la température est vraiment très froide. Pour te donner une idée, hier soir, mon huile d’olive était gelée, enfin en grumeaux. Et depuis que j’ai fait un peu de Nord, il fait meilleur. Frais, mais bien meilleur.

J’ai deux sous-couches en bas, deux premières peaux en haut avec un blouson polaire. Là, j’ai passé la nuit avec le ciré sur les genoux pour être prêt à aller choquer la Grand-Voile au cas où, avec les bottes et le bas de ciré. Ca mouille pas mal, les embruns sont un peu froid. Avec un bonnet, je n’ai pas encore sorti ma cagoule polaire mais je me la garde pour bientôt.

Moi, je mets de l’huile d’olive dans mes plats lyophilisés pour que ça agrémente un peu le goût mais du coup, j’ai allumé mon réchaud, fait bouillir de l’eau et je l’ai mis à côté.

C’est pas dramatique mais c’est pour dire le confort qui règne à bord avec ce froid ! Quand je suis allé manœuvré dehors pour prendre un ris, à un moment, je ne sentais plus mes doigts pour prendre le cunningham… Au moment où tu fais la manœuvre, tu dis qu’il faut pas que je me goure car je n’ai pas envie d’y retourner, dehors ! En pied de mât, tu es vite fait sous l’eau. Heureusement, j’ai une petite marche de mât, le bateau étais à Jean-Pierre Dick avant qui est très grand, donc ça m’aide. Tout de suite, je peux monter 30 cm au-dessus du pont ; ça m’évite d’être complètement trempé.

J’ai fait un truc assez bizarre hier… dans un grain, il y avait du vent. Je n’ai pas pris de ris. Je l’ai pris une fois que le vent avait faibli, en prévision du grain d’après. Je manipule tout ça avec beaucoup de précaution. Je pivote le mât à fond quand je manœuvre les chariots mais, a priori, j’ai regardé aux jumelles hier, ça faisait propre et clair. Je ne dirais pas que c’est une histoire ancienne parce que ce n’est pas une histoire ancienne mais je surveille ça avec attention et pour l’instant, tout va bien.

Niveau moral et forme physique, tout va super bien. J’étais un peu dans la tension de me dire j’empanne ou j’empanne pas hier mais, depuis que je l’ai fait, je suis beaucoup mieux dans ma tête de me dire qu’on va se prendre une vraie cartouche. Physiquement, je suis plutôt bien, ça va. J’ai bien récupéré mes mains, j’ai mis de la crème régulièrement. J’ai juste les jambes un peu molles. J’avoue que quand je me lève, j’ai l’impression d’être un petit vieux, j’ai du mal à me lever. Quand les conditions seront plus clémentes, j’irai faire des exercices pour revigorer tout ça.

Le vent est Ouest, tendance Nord-Ouest. Là, il y a 28 nœuds. La mer est un peu chaotique mais ça va, c’est bien par rapport à ce qu’on a connu ! »

 

Pour écouter le son: http://www.vendeeglobe.org/fr/audios/skippers/73