Je me suis fait des grosses séances de bricolage les jours derniers mais je me suis fait une raison. Comme on approche de la fin de l’année, j’ai pris une bonne résolution : arrêter de faire mon Calimero et de râler tout le temps ! Ca va plutôt bien, j’ai pu réparer ma latte et ma têtière de grand-voile qui était déchirée. Hier, j’ai dû réparer un winch. Je réalise aussi qu’on est au 45e jour de mer et que le bateau en est à son 5ème tour du monde. Il faut que j’essaie de relativiser tout en me disant qu’il faut que j’avance parce qu’on est en course et qu’il y a des coups à faire encore et que c’est assez excitant ce qu’il m’arrive. Je me suis fait rattraper… c’est dû à plusieurs choses. Tout d’abord, le long de la Zone interdite, il a fallu que je fasse plusieurs empannages alors que derrière ils ont fait du tout droit. Ca correspondait au moment où il a fallu que j’affale à deux reprises ma grand-voile. Alors, effectivement, quand tu avances à 6 nœuds, tu es moins performant et quand tu répares et que tu remets en route le bateau, tu as perdu beaucoup d’énergie et tu es moins lucide pour les scénarios à venir. Du coup, j’ai fait des petites erreurs de stratégie, je suis monté un peu trop Nord. Mais c’est rigolo de se trouver avec un groupe de bateaux. Ils ne sont pas très loin. Alors qu’il y a quelques temps, certains étaient même devant, comme Rich Wilson. Ca met un peu de piment dans ma course !

J’ai dû affaler à quatre reprises la GV. J’avoue qu’à chaque manœuvre, j’ai un œil particulier sur le haut de la voile, sur les chariots… Je navigue avec un peu plus de précaution qu’avant. Je croise les doigts, j’espère que c’est fini car ce n’est vraiment pas joli d’affaler la grand-voile. Je pense à Fabrice Amedeo qui est en train de réparer la sienne et ce n‘est pas facile quand, à terre, on te dit « fais des coutures ». Il faut passer de parts et d’autres. C’est long, fastidieux et dans une zone très humide donc bon. J’espère que c’est de l’histoire ancienne mais je regarde ça d’un œil avisé. A chaque fois l’opération demande beaucoup d’efforts et de temps. La dernière fois, ça m’a pris 3h1/2. Tout seul, c’est quand même assez exigeant. J’ai accusé le coup physiquement et moralement j’étais assez atteint. Mais maintenant je me sens en pleine forme.

On a des belles conditions. J’ai eu ¼ d’heure de soleil tout à l’heure, j’en ai profité et ça me fait marrer parce qu’il y a quelques mois, on disait « le Vendée Globe c’est facile ». Avant le départ, tes préparateurs te hissent la grand-voile et tu l’affales à l’arrivée. Je ne sais pas combien de coureurs on est à avoir affaler notre grand-voile mais entre Jérémie, Fabrice et moi, je pense qu’on est un paquet.

Il y a un petit 20 nœuds, un tout petit clapot qui n’est pas désagréable, qui vient de derrière. Par contre, c’est assez couvert, comme d’habitude. Au portant, sous spi avec le foc de roof pour stabiliser tout ça. C’est agréable. Je fais de l’Est pour le moment. J’ai échappé à un nuage avec beaucoup de pluie au lever du jour où il n’y avait pas de vent du tout. J’ai évité ça. J’ai empanné, je suis parti au Sud et là, c’est super agréable et je savoure ! Je ne sais pas ce que sera la suite mais j’essaie de savourer chaque partie du programme qui est agréable.

Je vais arriver dans le Pacifique. Je sais que c’est un gros morceau surtout qu’on risque d’avoir une entrée tonitruante au niveau de la Nouvelle-Zélande mais c’est un symbole puis il y a Noël et le Jour de l’an qui arrivent. Moi, j’aime bien tronçonner le parcours. Psychologiquement, ça me motive aussi en me disant que, maintenant, je fais la route pour rentrer aux Sables, c’est quand même excitant ! Il y a 4 ans, j’ai mis 91 jours. Là, on en est à plus de 45 jours. Ca fait mi-parcours en temps, ça met du baume au cœur.

Etre tout seul sur le bateau, tu te fais des simulations de routage, tu te crées des concurrents. Là, d’avoir des vrais concurrents, des bateaux avec des bons potentiels comme l’Irlandais qui a un super bateau puis l’étonnant Alan Roura qui a la fraicheur du jeune et qui navigue très bien… Ca me relance un peu, c’est bien, ça me stimule.


La solitude ne me pèse pas trop. J’écoute de la musique, je me suis même regardé un petit film en fin de nuit, ce qui m’arrive rarement. Je communique beaucoup par mail avec mes parents, ma femmes, mes amis. Ca me pèsera peut-être au moment de Noël où j’aurai peut-être mon quart d’heure d’émotion mais là, ça ne me pèse pas du tout. Pour Noël, j’ai un sac rouge, avec marqué Noël en gros. Il y a pas mal de choses j’ai l’impression car il est assez lourd à matosser à chaque fois, je ne serai pas mécontent de l’ouvrir ! J’ai prévu de faire un skype avec mes parents et mes sœurs qui font Noël le 24 et le lendemain, le 25, j’ouvrirai mes cadeaux et je ferai un skype avec ma femme. Je suis en train de sélectionner la musique de Noel ! Je vais vivre ça comme un moment de fête, comme un moment privilégié car c’est quand même super de faire Noël sur le Vendée Globe… puis j’aurai une pensée pour tous ceux qui sont dans le besoin, seuls pour Noël, un peu dans l’urgence et dans la solitude. Moi, je suis dans la solitude mais c’est une volonté, un choix de ma part. Je suis pleinement heureux, à fond dans mon projet.

Pour écouter le son: http://www.vendeeglobe.org/fr/audios/skippers/73